Un nom de chevaux
Le nom scientifique de l'argousier, Hippophae, vient du grec. On le décompose d'ordinaire en hippos, le cheval, et un verbe signifiant briller : « ce qui fait briller les chevaux ». L'explication la plus répandue veut que les chevaux nourris de feuilles et de jeunes rameaux d'argousier aient eu le poil plus luisant. D'autres récits attribuent l'usage aux cavaliers des steppes d'Asie centrale. La fiche technique DiversiGO rapporte la légende, avec la prudence qui convient : « à ce qu'il paraît ».
La réalité est sans doute plus prosaïque. Les auteurs grecs employaient déjà le mot hippophaes pour une plante épineuse qui n'était peut-être pas notre arbuste, et les botanistes de l'époque moderne ont repris ce nom ancien, comme ils l'ont fait pour beaucoup d'autres plantes. Personne ne peut trancher avec certitude. La légende des chevaux, en tout cas, a survécu à la discussion savante.
Un arbuste des glaciers
Bien avant les Grecs, l'argousier occupait déjà une grande partie de l'Europe. Les pollens conservés dans les tourbières et les sédiments des lacs montrent qu'il fut l'un des premiers arbustes à coloniser les sols nus laissés par le recul des glaciers, à la fin de la dernière glaciation. Avec le bouleau, le saule et le genévrier, il formait des fourrés clairs sur des terrains encore pauvres. Quand les forêts se sont refermées, il a reculé vers les seuls milieux où la lumière reste abondante : dunes, berges de torrents, éboulis, steppes.
C'est ce qui explique sa répartition actuelle, en îlots séparés les uns des autres, des côtes de la mer du Nord à l'Himalaya. Le document de la FAO sur les essais menés en Chine rappelle que les populations naturelles sont « largement dispersées et, dans une certaine mesure, complètement isolées les unes des autres », ce qui a produit une grande diversité de formes et de couleurs.
Linné et les botanistes
En 1753, dans son Species Plantarum, le naturaliste suédois Carl von Linné donne à l'espèce le nom qu'elle porte toujours : Hippophae rhamnoides. Le second mot signifie « qui ressemble au nerprun », un arbuste avec lequel l'argousier partage des baies colorées et des rameaux épineux, sans en être proche. D'où le nom populaire de faux nerprun, et celui de bourdaine marine, la bourdaine étant une cousine du nerprun.
Les botanistes ont depuis décrit plusieurs sous-espèces, selon les régions : une forme des côtes de la mer du Nord et de la Baltique, une forme des rivières alpines, une forme des Carpates, d'autres en Asie centrale, en Mongolie et en Chine. Les classifications ont souvent changé, et elles changent encore à mesure que la génétique précise les liens entre populations.
Les vergers de Sibérie
Pendant des siècles, on a cueilli l'argousier sans le cultiver. Dans les villages de Sibérie, de l'Altaï ou des Carpates, les baies sauvages servaient à faire des boissons, des confitures et des pâtes de fruits. Le grand tournant arrive au XXe siècle. Dans l'Altaï, des stations de recherche fruitière entreprennent de sélectionner des formes plus productives, aux baies plus grosses, aux épines moins nombreuses et aux pédoncules un peu plus longs, pour faciliter la récolte. Les variétés qui en sortent, à partir des années 1960 et 1970, essaiment ensuite en Europe de l'Est, en Allemagne, dans les pays nordiques et jusqu'au Canada.
En Allemagne, l'argousier, Sanddorn, devient un emblème des côtes de la Baltique. Jus, liqueurs, sirops et pâtes de fruits y sont vendus comme une spécialité régionale, au même titre que le hareng fumé. Sur l'île de Hiddensee ou dans le Mecklembourg, les champs d'argousiers font partie du paysage.
Le plateau de lœss
En Chine, l'argousier pousse naturellement dans une dizaine de provinces, du Tibet à la Mongolie intérieure. Selon la FAO, il y couvrait vers 1990 environ 920 000 hectares, dont 80 % de peuplements naturels. À la fin des années 1980, un programme d'assistance technique de la FAO y lance la première collecte systématique de graines et des essais de plantation sur quinze sites, dans onze provinces. L'objectif est d'abord de retenir les sols : sur le plateau de lœss, où l'érosion emporte des quantités énormes de terre, l'arbuste stabilise les pentes et enrichit le sol grâce à ses racines fixatrices d'azote.
Des traditions plus modestes
Ailleurs, les traditions liées à l'argousier sont plus discrètes. Sur les côtes françaises et belges, on le plante pour tenir les dunes : la fiche DiversiGO le compte parmi les espèces les plus replantées dans les espaces naturels du littoral. Dans les Hautes-Alpes, où il pousse à l'état sauvage le long de la Durance, une vingtaine d'hectares sont aujourd'hui cultivés, et les baies y finissent en jus, en sirops et en confitures. Les feuilles servaient autrefois à teindre la laine. Et partout où il pousse, les enfants apprennent vite à ne pas s'approcher des branches sans gants.
La suite se lit sur la page la plante et la haie, qui explique ce qui rend l'arbuste si résistant, ou sur celle consacrée à l'argousier au jardin.
Références : Wikipédia : le genre Hippophae · FAO, Zhao Hanzhang : collecte de graines et essais d'Hippophae rhamnoides en Chine (en anglais)