Des feuilles couvertes d'écailles
La feuille de l'argousier est longue et étroite, comme celle d'un saule ou d'un romarin géant : trois à huit centimètres de long, quelques millimètres de large. Sa face supérieure est gris-vert, sa face inférieure nettement argentée, parfois tachée de roux. À la loupe, on comprend pourquoi. La surface est couverte de minuscules écailles en forme de bouclier, fixées par leur centre, qui se chevauchent comme des tuiles. Ces poils transformés renvoient la lumière et donnent à tout l'arbuste ses reflets métalliques.
Ce caractère est commun à toute la famille des Éléagnacées, à laquelle appartiennent aussi le chalef et l'olivier de Bohême, au feuillage tout aussi argenté. Il a une utilité : la couche d'écailles limite l'évaporation et protège les tissus du soleil et du vent salé. C'est l'équipement d'une plante de dunes et de graviers, faite pour les terrains secs et exposés. L'Office québécois de la langue française le résume dans sa définition de l'argousier, « dont l'écorce est couverte d'écailles argentées ».
Des rameaux en épine
Les rameaux courts de l'argousier se terminent en pointe dure, longue d'un à deux centimètres. L'arbuste en est hérissé de partout, du tronc aux extrémités. Les noms populaires s'en souviennent : saule épineux, épine marante. Pour le jardinier, c'est une contrainte, et l'origine de toutes les ruses de récolte. Pour une haie, c'est une qualité : peu d'animaux, et encore moins de visiteurs, traversent un fourré d'argousier.
Des racines qui enrichissent le sol
Sous terre, l'argousier développe des racines traçantes qui courent à faible profondeur et émettent des rejets, les drageons. Ces racines portent des nodosités, petits renflements où vivent des bactéries du genre Frankia. Ensemble, la plante et la bactérie fixent l'azote de l'air et l'incorporent au sol. Le document de la FAO consacré aux essais chinois d'argousier insiste sur ce point : c'est l'une des raisons pour lesquelles l'arbuste a été planté en masse pour stabiliser des terrains pauvres et érodés.
Le même mécanisme explique sa présence en pionnier sur les dunes. Là où le sable nu ne retient rien, l'argousier s'installe, fixe le sol avec ses racines et l'enrichit peu à peu. D'autres espèces, moins sobres, peuvent ensuite s'y implanter. Sur le littoral de la mer du Nord et de la Manche, des fourrés d'argousier entiers occupent ainsi l'arrière des dunes.
Un arbuste, deux silhouettes
À l'état sauvage, l'argousier prend des formes très différentes selon le milieu. Sur les dunes exposées au vent de mer, il reste bas, tassé, souvent couché dans le sens du vent, et forme des fourrés serrés d'un mètre ou deux. Le long des torrents de montagne, à l'abri, il s'élance davantage et devient un grand arbuste, parfois un petit arbre. La fiche DiversiGO indique une taille courante de deux à trois mètres, mais jusqu'à dix mètres dans les meilleures conditions. Certaines formes d'Asie, aux rameaux pendants, dépassent même cette hauteur.
En hiver, une fois les feuilles tombées, la silhouette change encore. Il ne reste qu'un réseau de branches grises et tortueuses, hérissées d'épines, sur lesquelles les baies orange restent accrochées pendant des semaines. C'est souvent à ce moment-là, quand tout le reste est nu, que l'on remarque le mieux un argousier dans le paysage.
La haie défensive
Planté en ligne, l'argousier fait une haie libre, haute de deux à quatre mètres, impénétrable au bout de quelques années. Il supporte le vent et les embruns mieux que la plupart des arbustes, ce qui en fait un brise-vent apprécié en bord de mer et sur les plateaux exposés. On le mêle volontiers à d'autres arbustes rustiques, églantier, prunellier, sureau ou chalef, pour une haie variée qui fleurit et fructifie à des moments différents.
Pour qu'une haie d'argousier donne aussi des baies, la répartition des sexes compte. Les pieds mâles se placent de préférence du côté d'où vient le vent dominant, et assez régulièrement pour que leur pollen atteigne toutes les femelles.
Exemple pour une haie double de 34 pieds, vent dominant venant du haut : quatre mâles répartis pour environ un mâle pour sept à huit femelles.
Sur une ligne simple, un mâle tous les six à huit pieds suffit. Pour une haie très longue, le mieux est de décaler les mâles d'un rang à l'autre, comme sur le plan, afin que le pollen ne parcoure jamais plus de quelques mètres.
Une haie à vivre
La haie d'argousier a d'autres usages. Ses baies, qui restent longtemps accrochées, nourrissent les oiseaux à la fin de l'automne et au début de l'hiver, quand les autres fruits ont disparu. Ses épines abritent des nids. Ses fleurs précoces, bien que discrètes, offrent du pollen aux premiers insectes de l'année. Et ses feuilles, selon la fiche DiversiGO, servaient autrefois à teindre la laine d'une couleur noisette rosée.
L'entretien est minimal : une taille légère tous les deux ans, pour éclaircir et retirer les branches basses mortes, et la surveillance des drageons qui chercheraient à sortir de la haie. La page l'argousier au jardin donne les détails de plantation, et la page histoire et traditions raconte comment cet arbuste des dunes a gagné les vergers.
Références : Tela Botanica, eFlore : Hippophae rhamnoides L. · Wikipédia : Brise-vent