Deux noms latins à reconnaître
Les produits cosmétiques vendus en Europe affichent leurs ingrédients selon une nomenclature internationale, l'INCI, qui donne aux plantes leur nom botanique en latin et aux procédés un mot anglais. L'argousier y apparaît sous deux formes principales. Hippophae Rhamnoides Fruit Oil, parfois abrégé en Hippophae Rhamnoides Oil dans les bases de données, désigne l'huile de pulpe. Hippophae Rhamnoides Seed Oil désigne l'huile de pépins. On croise aussi, plus rarement, des extraits de fruit ou de feuille, des eaux florales ou des poudres de baies séchées, chacun sous son propre nom.
La liste est rangée par ordre décroissant de quantité, du moins pour les ingrédients présents à plus de 1 %. En dessous de ce seuil, l'ordre est libre. Quand l'huile d'argousier arrive en fin de liste, après les conservateurs et le parfum, elle est présente en très petite quantité, ce qui est souvent le cas pour l'huile de pulpe. La page deux huiles, deux teintes explique d'où vient chacune.
Pourquoi l'huile de pulpe se dose à la goutte
La raison est d'abord visuelle. Pure, l'huile de pulpe teinte la peau, les ongles et le linge d'un orange franc qui met quelques heures à s'effacer d'une main, et beaucoup plus d'une serviette. Les formulateurs l'emploient donc diluée, souvent à quelques gouttes pour cent grammes de produit, assez pour donner une teinte pêche à une crème ou un reflet doré à un baume, pas assez pour tacher.
Son odeur compte aussi. Fruitée, un peu tannique, avec une pointe de foin, elle domine vite un mélange. Les savonniers qui l'utilisent l'associent volontiers à des notes d'agrumes ou de bois, qui l'accompagnent plutôt que de la couvrir.
L'huile de pépins, à l'inverse, se fait discrète. Jaune pâle, peu odorante, elle se mélange à d'autres huiles végétales sans changer leur couleur. Sa texture fluide et son toucher léger la font entrer dans les huiles de massage et les sérums huileux, aux côtés de l'huile de jojoba, d'amande douce ou de noyau d'abricot.
Dans un savon à froid
Le savon dit « à froid » se fabrique en mélangeant des huiles et de la soude, puis en laissant la réaction se faire pendant plusieurs semaines de séchage à l'air. L'huile de pulpe d'argousier, ajoutée en fin de préparation, donne une pâte orange vif qui pâlit ensuite lentement, jusqu'à un jaune beurre au bout de quelques mois. La lumière accélère ce passage. Les savonniers le savent et conservent leurs pains à l'ombre, enveloppés de papier.
L'huile de pépins, plus fragile, se met en petite proportion et plutôt en « surgras », c'est-à-dire ajoutée à la fin, quand la saponification a déjà commencé, pour qu'une partie reste libre dans le savon. Comme toutes les huiles riches en acides gras polyinsaturés, elle peut faire apparaître de petites taches orangées si le savon vieillit mal : c'est un signe d'oxydation, pas une moisissure.
Un savon à l'argousier change de teinte pendant le séchage.
Baumes, huiles et crèmes
Dans un baume, mélange d'huiles et de cire, l'huile de pulpe fait office de colorant naturel. Une cuillerée à café pour un pot de cinquante grammes suffit à lui donner une teinte abricot. Dans une crème, émulsion d'eau et d'huile, elle se dilue encore davantage et donne une couleur pêche à peine visible.
Les huiles de soin vendues en flacon compte-gouttes mélangent souvent plusieurs huiles végétales, dont une petite part d'argousier. Leur liste INCI permet de savoir laquelle domine. La présence d'un tocophérol, ajouté pour retarder l'oxydation de l'huile elle-même, est fréquente et n'a rien d'inquiétant : c'est un moyen de la garder plus longtemps.
Faire soi-même, avec mesure
Ceux qui fabriquent leurs propres baumes ou savons retrouvent les mêmes règles. On pèse l'huile de pulpe au gramme près, ou on la compte à la goutte avec une pipette, plutôt que de la verser à l'œil depuis le flacon. On l'ajoute en fin de préparation, quand le mélange a un peu refroidi, pour préserver sa couleur. On protège son plan de travail et ses vêtements, car une goutte tombée sur un torchon de lin y laisse une trace orange tenace. Et l'on note sur chaque pot la date de fabrication et la proportion utilisée, pour savoir, au bout de quelques mois, ce qui a bien vieilli et ce qui a pâli trop vite.
Ce que cette page ne dit pas
Les bases de données cosmétiques rangent ces huiles dans des fonctions techniques, comme celle d'émollient, qui décrit un effet sur la texture d'une formule. Les étiquettes, elles, vont souvent beaucoup plus loin. On s'en tiendra ici à ce qu'on peut observer soi-même : la couleur, l'odeur, la texture, la façon dont un produit vieillit.
Conserver un produit à l'argousier
Les règles sont celles des huiles en cuisine : à l'abri de la lumière, au frais, bien fermé. Un baume ou un savon qui sent la peinture a ranci ; une crème dont la couleur a viré au gris ou dont la texture s'est séparée a dépassé sa durée d'utilisation après ouverture, indiquée par le petit pot ouvert dessiné sur l'emballage. Les mêmes repères servent pour un flacon d'huile pure, détaillés à la page choisir et conserver une huile d'argousier.
Références : CosmileEurope, fiche « Hippophae Rhamnoides Seed Oil » · Wikipédia : INCI