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Teinte 01 · Vert tendre · #8AA05A

Avant la maturité

Avant d'être orange, la baie d'argousier est verte, dure et discrète au point qu'on passe à côté sans la voir. Cette page suit la plante depuis ses fleurs minuscules jusqu'au moment où la couleur annonce que la récolte approche.

Une floraison que personne ne remarque

Les fleurs de l'argousier apparaissent avant les feuilles, sur des rameaux encore nus. Elles n'ont pas de pétales, mesurent quelques millimètres et prennent une teinte verdâtre ou brunâtre qui se confond avec l'écorce. Selon la fiche technique du programme DiversiGO, elles s'ouvrent en général entre mars et avril dans le sud-est de la France ; plus haut en montagne ou plus au nord, tout se décale de quelques semaines. Il faut s'approcher pour les voir, et beaucoup de jardiniers découvrent l'existence de cette floraison l'année où leurs arbustes ne donnent rien.

L'argousier est en effet dioïque : chaque pied est soit mâle, soit femelle. Les pieds mâles portent des fleurs à étamines, groupées en petits épis serrés, qui libèrent un pollen abondant. Les pieds femelles portent des fleurs isolées, minuscules, au creux des rameaux. Seuls les pieds femelles donnent des baies, et seulement si un pied mâle fleurit assez près d'eux au même moment.

Le vent fait le travail

La pollinisation se fait surtout par le vent. Le pollen part des fleurs mâles par nuages légers, les jours secs, et se dépose sur les fleurs femelles situées sous le vent. C'est pourquoi les cultivateurs placent leurs pieds mâles en bordure de parcelle, du côté d'où vient le vent le plus fréquent, à raison d'un mâle pour six à neuf femelles. Un pied mâle isolé au fond d'un jardin abrité, derrière un mur, peut ne servir à rien. La page sur la haie d'argousier propose un plan de plantation qui tient compte de ce détail.

Hors floraison, on distingue les sexes aux bourgeons. Ceux des pieds mâles sont gros, ronds, couverts d'écailles qui se chevauchent comme une petite pomme de pin. Ceux des pieds femelles sont plus petits et plus pointus. Il faut un peu d'habitude, et un arbuste d'au moins trois ou quatre ans, pour se fier à ce signe.

Les semaines vertes

Une fois les fleurs fécondées, les jeunes baies se forment le long des rameaux de l'année précédente. Elles restent longtemps vertes, dures et mates, serrées les unes contre les autres. À ce stade, elles n'ont ni parfum ni jus : une baie écrasée entre les doigts ne laisse qu'une trace verte et une odeur d'herbe. Le feuillage, qui s'est développé entre-temps, les cache en partie, et l'arbuste paraît alors entièrement gris-vert.

Le grossissement est lent et régulier. La baie s'arrondit, puis s'allonge un peu selon les populations : certaines sont presque sphériques, d'autres ovales comme un petit grain de raisin. Sa taille finale tourne autour de huit à dix millimètres, un peu plus pour certaines variétés sélectionnées.

Baie vertedure, mate, sans odeur
Premier refletla pointe s'éclaircit
Mi-teintejaune, encore ferme
Mûreorange uniforme, brillante

Ce que les baies vertes annoncent

Les semaines vertes sont le bon moment pour évaluer la récolte à venir. On voit déjà quels rameaux sont chargés et lesquels sont vides, et l'on peut repérer les branches à couper plus tard, celles qui portent des baies sur toute leur longueur. Un arbuste femelle qui ne montre aucune baie verte alors que ses voisins en sont couverts a sans doute manqué de pollen : le pied mâle était trop loin, à l'abri du vent, ou a fleuri trop tôt. Une petite partie des jeunes fruits tombe aussi d'elle-même, sans que ce soit inquiétant : l'arbuste ajuste sa charge à ce qu'il peut nourrir. Ce n'est pas le moment de tailler, ni d'arroser abondamment, sauf sécheresse prolongée sur un jeune plant : l'argousier n'aime pas les sols détrempés, même en pleine croissance des fruits.

Le virage de couleur

Le changement de teinte commence souvent par la pointe de la baie, ou par le côté le plus exposé au soleil. Le vert pâlit, devient jaune verdâtre, puis la couleur définitive gagne toute la surface. Selon la variété et la population, cette couleur sera jaune paille, orange vif ou rouge corail : les pages paille et corail détaillent ces différences. Sur un même rameau, les baies ne virent pas toutes le même jour, mais l'ensemble se fait en quelques semaines.

En même temps que la couleur, la baie change de texture. Sa peau devient fine et brillante, sa pulpe se gorge de jus, et le pédoncule, très court, reste solidement attaché au rameau. C'est ce qui rend la cueillette si délicate : une baie mûre éclate plus facilement qu'elle ne se détache.

Reconnaître une baie mûre

SigneBaie pas encore mûreBaie mûre
Couleurvert, jaune verdâtreuniforme, sans trace de vert
Toucherdure, résistecède légèrement sous le doigt
Goûtâpre, sans parfumacide et parfumé, ananas, agrumes
Pépinblanc ou beigebrun brillant

Le repère le plus sûr reste le goût. Une baie mûre est franchement acide, mais avec un parfum net. Une baie trop jeune est surtout âpre. Selon les régions, l'altitude et les variétés, la maturité arrive de la fin de l'été au milieu de l'automne, et les baies restent ensuite longtemps accrochées : la fiche DiversiGO note qu'elles persistent souvent de septembre à novembre. Rien n'oblige donc à se précipiter. La page récolter sans se piquer décrit la suite.

Références : Fiche technique Argousier, programme DiversiGO (Bio de PACA), portail EcophytoPIC · Wikipédia : Dioécie