Aller au contenu

Teinte 01 · Vert tendre · #8AA05A

Cultiver l'argousier au jardin

L'argousier n'aime ni l'ombre ni les sols riches et lourds. Dans un jardin sablonneux, caillouteux, battu par le vent, il pousse en revanche presque seul. Encore faut-il planter les bons pieds au bon endroit, et prévoir la place qu'il prendra.

Où le planter

Dans la nature, l'argousier colonise les terrains que les autres arbustes délaissent : dunes littorales, bancs de graviers des torrents alpins, talus calcaires, éboulis. La fiche technique DiversiGO le décrit présent à l'état sauvage dans les vallées de la Durance, de l'Ubaye ou du Drac, sur le littoral de la Manche, et jusqu'à 1 800 mètres d'altitude dans les Alpes. Il supporte des froids extrêmes, le vent, les embruns et la sécheresse. Ce qu'il ne supporte pas, c'est l'ombre : il lui faut du soleil, surtout pour fructifier.

Au jardin, on lui réserve donc l'endroit le plus ensoleillé et le moins fertile. Un sol sableux ou caillouteux, bien drainé, quel que soit son pH, lui convient parfaitement. Un sol argileux qui reste détrempé l'hiver, au contraire, lui fait perdre ses racines. Inutile de fertiliser : ses racines portent des nodosités où vivent des bactéries du genre Frankia, capables de fixer l'azote de l'air. L'arbuste fabrique ainsi lui-même une bonne part de son engrais, comme le font les légumineuses.

Mâles et femelles

C'est la question qui décide de tout. Comme la plante est dioïque, un pied femelle seul ne donnera jamais de baies. Il faut au moins un pied mâle à proximité, idéalement à quelques mètres, du côté du vent dominant. La proportion habituelle en culture est d'un mâle pour six à neuf femelles ; dans un petit jardin, un couple ou un mâle pour trois femelles fait très bien l'affaire. Il existe des variétés dites autofertiles, mais elles restent rares et leur production est en général plus modeste.

Le point délicat est de savoir ce que l'on plante. Un argousier issu de semis ne révèle son sexe qu'au bout de trois ans au moins, quand ses bourgeons floraux se forment. Les plants vendus en pépinière sont normalement issus de bouturage, la seule méthode qui garantit le sexe dès le départ. Ils portent une étiquette « mâle » ou « femelle », qu'il faut garder jusqu'à la première floraison pour ne pas les confondre.

Planter

La plantation se fait hors gel, quand l'arbuste est sans feuilles. On creuse un trou large plutôt que profond, on ameublit le fond sans ajouter de terreau riche, et l'on installe le plant au même niveau qu'en pot. Un arrosage copieux à la plantation, puis des arrosages réguliers pendant la première année en cas de sécheresse, suffisent. Ensuite, sauf sécheresse exceptionnelle, l'argousier se débrouille seul.

En haie, on espace les pieds de 1,5 à 2 mètres. En arbuste isolé, il faut compter qu'un sujet adulte atteint 2 à 4 mètres de haut et autant de large, parfois davantage. Les vergers de la région Provence-Alpes-Côte d'Azur citent des écartements de 4 mètres entre les rangs et de 1 à 1,5 mètre sur le rang. La page sur la haie d'argousier montre comment répartir les pieds mâles dans un alignement.

Les drageons

L'argousier émet des rejets à partir de ses racines traçantes, parfois à plusieurs mètres du pied. C'est une qualité sur une dune ou un talus qu'il faut retenir, un défaut au milieu d'une pelouse ou d'un potager. Deux solutions : lui réserver un coin où il peut s'étendre, ou enterrer autour de lui une barrière anti-rhizomes, comme pour un bambou. Les drageons qui apparaissent quand même se coupent au ras du sol, ou se déterrent avec un morceau de racine pour être replantés ailleurs. Ils ont le sexe du pied d'origine, ce qui en fait un moyen commode de multiplier un sujet dont on connaît le sexe.

Semer ou bouturer soi-même

Les graines se sèment facilement. On les extrait de baies bien mûres, on les rince, on les laisse sécher, puis on les sème tôt au printemps, en terrine, dans un mélange de sable et de terreau. La levée est rapide, mais le semis réserve une surprise : impossible de savoir combien de mâles et de femelles on a obtenus avant trois ans au moins. Pour fixer une dune ou garnir un talus, peu importe. Pour un jardin où l'on veut des baies, c'est un pari.

Le bouturage, lui, reproduit à l'identique le pied d'origine, sexe compris. On prélève en fin d'hiver des rameaux de l'année précédente, de la grosseur d'un crayon, que l'on coupe en tronçons d'une vingtaine de centimètres et que l'on enterre aux deux tiers dans un sol sableux maintenu frais. Une partie seulement s'enracine, d'où l'intérêt d'en préparer plusieurs.

Les premières années

Un plant de bouture fleurit au bout de deux à trois ans et donne une récolte significative vers la quatrième ou la cinquième année. La fiche DiversiGO estime sa longévité à environ quatre-vingts ans au maximum, mais un arbuste de jardin produit surtout entre cinq et vingt ans. Les fruits se forment sur le bois de deux ans, ce qui conditionne la taille et la récolte : on y revient sur la page récolter sans se piquer.

La fiche DiversiGO ne signale aucun parasite ni ravageur sérieux en France, ce qui fait de l'argousier un arbuste facile. Ses épines, en revanche, imposent des gants solides pour tout travail rapproché. Elles ont un avantage : les oiseaux y nichent volontiers, et les grives viennent manger les baies restées sur les branches quand le reste du jardin n'offre plus rien.

Pour suivre ce qui se passe entre la floraison et la récolte, la page avant la maturité décrit chaque étape et ses repères.

Références : Fiche technique Argousier, programme DiversiGO (Bio de PACA), portail EcophytoPIC · Wikipédia : Frankia